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Martin Helmchen, Tangentenflügel/ Tangent Piano (Späth & Schmahl, 1790), Bach, Six Partitas, Outhere Alpha, 2024. 

par | 22/05/2024 | Classique, Discothèque, Disque, Musique, Notes d'écoute

On peut se défier, par irritation, du clavecin, ou du piano forte davantage encore, mais on ne peut pas ne pas aimer la musique que ces instruments permettent de produire. Ici, nous sommes dans l’entre-deux, et nous entendons dans l’entre-deux, comme entre deux portes, comme à travers une cloison constituée et par la tradition, le moderne, le piano et plus tôt par le clavecin.

Des manières différentes d’être touché, ému, caressé, interloqué, il en existe, Dieu merci, de nombreuses. Mais une telle façon de remplir un rubato, sur des instruments qui ne semblent pas s’y prêter, font s’ouvrir des œuvres qu’on pensait connaître par cœur, d’abord par Glenn Gould, qui, ici, ne se tient pas si loin que cela, et ensuite par les merveilles de jeu qu’a su déployer pour toujours, incomparable en cela, Murray Perahia.

Il s’agit de Martin Helmchen, qui est en train, et même depuis ses disques consacrés à Beethoven et surtout à Schumann, de devenir un immense musicien, à l’empan d’écoute très large, mais aussi concentré et précis, sans le moindre laisser-aller, ici en train de traverser, de pénétrer, de déplier et d’exposer les Six Partitas de Bach. On a écouté ces deux disques et on est sorti de ces presque deux heures d’horloge bouleversé par ce qu’on n’avait, presque avec honte, jamais entendu, mais qu’on aura eu la chance en quelque sorte d’entrevoir. Et la musique, se dit-on en de telles, rares, circonstances, en l’occurrence imprévisibles pour quelqu’un qui jusque-là répugnait à fréquenter l’écoute de tels instruments, est décidément ce qui creuse (qui en croise aussi plusieurs) le temps et non seulement le ciel comme disait le poète, ce qui a pour sens que de nouvelles temporalités, comme des plans qui ne sont pas seulement sonores, mais de promesse d’énergie vitale et donc d’existence s’offrent généreusement encore à nous. Décidément, la musique est en avant comme la poésie. Et c’est bien cela sa générosité. Et derrière elle, c’est cela l’amour. Ces instruments anciens, c’est ce qu’on vient de comprendre, tard hélas, mais comme il se doit, on ne les fréquente donc pas en vérité, comme Martin Helmchen, par coquetterie, on ne les joue pas pour paraître différent, faire le malin, ou pour théoriser le retour à on ne sait trop quoi, on les pratique en réalité comme on le fait lorsqu’on cherche à saisir une pensée qui jusque-là n’avait pas encore trouvé sa forme, et sa forme incarnée, articulée dans et comme  l’existence. L’interprétation, avec ses questions, ses subtilités, ce qu’on nomme ainsi, vient bien loin derrière.

© André Hirt

À l’écoute (Youtube), Martin Helmchen parle des Partitas de Bach et de l’instrument dont il joue ici :

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