Ce qu’on entend ici est exceptionnel ! Rendons-nous compte, Debussy à l’orgue ! Certes, il s’agit de transcriptions effectuées par Alexis Grizart, mais aucunement de simples transcriptions. Qu’on pense ce que l’on veut de l’orgue, qu’on en aime ou non le répertoire et l’ambiance, disons la tonalité fondamentale qui dépasse toute musique en la distribuant cependant, ce que l’on entend ici concerne un dévoilement des œuvres présentées de Debussy, qui acquièrent de ce fait une transparence et une luminosité (et c’est encore plus évident dans les multiples facettes et nuances des Nocturnes !) et encore une clarté que même la science orchestrale de Debussy ne parvient pas à rendre à ce point. Une transparence donc, la venue des œuvres depuis leur lumière, ce point de leur création, qui nous ramène, et ce n’est guère une facilité que de le soutenir, aux vitraux. Ceux-ci, au fond, forment les cadres de la manifestation et de la révélation. Ce n’est pas sans raison que l’orgue est leur médiateur. En réalité, ce disque permet de retrouver (de sentir aussi pour la première fois, pour certains), la provenance elle-même de l’orgue. L’instrument en est à peine un, il est, disons, total, lumière pure qui se décline.
Et l’œuvre de Jean-Louis Florentz doit alors pouvoir, après l’écoute de celles de Debussy dont on avait dans l’oreille l’orchestration originale, s’entendre. Remarquable, elle s’intitule justement Debout sur le soleil, elle parcourt une palette incroyable.
Bien sûr, le disque porte le titre générique (peut-être inutile) de « Rêves ». Soit. On peut toutefois l’entendre autrement qu’en termes communs ou ceux évoquant les voyages. On voudrait suggérer, à la suite des remarques précédentes, un régime d’immatérialité de la musique que l’orgue fait valoir. Par ce terme on n’entend pas l’absence de matière, mais ce qui la traverse et la fonde, à savoir la lumière elle-même, ses rayons, ses claviers, ses pédaliers et ses tuyaux. De quoi en effet faire un monde, depuis la nuit et des recoins nocturnes jusqu’au soleil éclatant qui permet toutes les formes de résurrections. Alexis Grizard est ici un maître d’œuvre, on lui témoigne une reconnaissance singulière pour un disque qui est lui aussi une révélation.
© André Hirt


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