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Samuel Strouk, Elise, mon mirage, Concerto pour guitare et violoncelle, Concerto Egalité pour guitare. Samuel Strouk, Guitare et composition, Boris Andrianov, violoncelle, Dimitri Illarionov, Guitare, Aurélien Azan Zielinski, Orchestre National de Bretagne, Well Done Simone ! – Records (parution le 24 avril 2026).

par | 23/04/2026 | Contemporaine, Discothèque, Musique

L’Art de la fugue contre L’Art de la guerre et la Fugue de la mort.

Ce n’est en rien critiquer négativement ce disque en réalité très beau que de dire qu’on l’a déjà entendu et qu’il est en même temps très nouveau. Nouveau, ne serait-ce que dans le premier concerto, l’alliance imprévue, mais à la réflexion fraternelle et sororale entre la guitare et le violoncelle, et en même temps avec le sentiment du déjà entendu qui témoigne non pas de quelque dimension ou pratique épigonale, mais d’une proximité. Avec le déjà entendu, certes, mais d’abord humainement parlant. Car la musique ici parle. On a demandé un jour à Borgès si l’on pouvait écrire avec de bons sentiments comme l’amitié ou l’amour ; il répondit qu’il s’agissait de sentiments comme les autres ; on ajoutera que leur grandeur venait de là, autrement dit de leur possibilité de partage en profondeur, ce qui est le vrai et au demeurant le seul sens noble du mot de « communication ». Parler, c’est ici pour la musique faire sentir et ressentir.

Certes, à l’écoute, on pensera à Mahler, un peu à Chostakovitch, à Bernstein. Sans doute, c’est évident. C’est-à-dire que c’est juste. Mais ce ne sont pas ces maîtres-là que l’on entend. C’est une autre et nouvelle musique. Et, dans l’immédiateté qui la caractérise, c’est en vérité très beau. Et inspiré.

On est loin des abstractions a-musicales, mais dans la concrétude de la musique, celle qu’elle atteint lorsqu’elle ne se méfie de la dimension proprement technique, en quelque sorte démonstrative. La musique, donc, lorsqu’elle touche. De même qu’un amour ne se démontre pas par le discours, de même la musique est ce qui s’impose par sa présence, sa douceur, son partage proposé. Du reste, c’est un amour que dessinent la guitare et le violoncelle dans le concerto Elise mon mirage. Le terme de « mirage », sans chercher à spéculer, signifie non pas une signification justement, pas même une image, aussi ténue soit-elle, mais un rythme, les élans successivement enthousiastes et désespérés, mais toujours insistants, de l’amour, dont les soubresauts se répètent et sont inspirés par l’infinité, on veut dire la dimension non quantifiable, de l’amour. D’où cette musique élancée, fortement projetée, souvent souveraine.

Une clarté se dégage de l’écoute. Aussi profonde soit-elle, cette musique, s’agissant de l’amour et de l’eros, ne se montre jamais vénéneuse, ambigüe, ce filon largement exploité dans l’histoire de la musique et qui, bien sûr, a produit des chefs-d’œuvre de Monteverdi à Ravel. Ce que cette même musique a à nous confier, c’est plus largement en par son enveloppement une profondeur humaine, à laquelle elle parvient grâce à son toucher si singulier. Et le concerto pour guitare Egalité ne fait que confirmer le même sentiment en nourrissant la pensée du partage.

© André Hirt

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