« Le poème épique de Virgile est en effet un théâtre où ce sont les mots qui miment les gestes et l’état d’âme des personnages, de même que par leurs agencements, ils miment aussi les accessoires propres à l’action Ce sont les mots qui prennent une attitude, non pas le corps qui se tissent, non pas les vêtements ; qui scintillent, non pas les armures ; qui grondent, non pas l’orage ; qui menacent, non pas Junon ; qui rient, non pas Cythérée ; qui saignent, non pas les plaies. C’est par la machinerie des similitudes, des métaphores, que les gestes et les émotions des protagonistes ainsi mimés se réfèrent selon un rythme régulier aux phénomènes naturels et surnaturels d’une quotidienneté fabuleuse. Car ce fond, sur lequel se détache tel détail de premier plan, demeure la seule raison de l’action humaine : la résonance. Le mouvement vrai n’est pas dans l’action, mais dans la mélodie interne, le tableau dans des accords et dans des images contrastées, mais les images elles-mêmes jaillissent du choc des mots, non pas en ce qu’ils désigneraient quelque chose, quand même il s’agirait de “boucliers entrechoqués”, mais en ce que les syllabes d’un mot à l’autre se heurtent ou copulent pour une valeur de coloris ou de sonorité. » (p.9-10)
Évangile du trou
« Forme et Sans Forme rendaient fréquemment visite à Chaos qui les accueillait avec beaucoup d’urbanité. Forme et Sans Forme désirant lui exprimer leur reconnaissance lui dirent : tous les hommes ont sept orifices qui leur permettent de voir, entendre, manger et...


0 commentaires