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Jean-Yves Clément, L’Exil de la pensée, Le Condottiere, 2025.

par | 15/04/2025 | Bibliothèque, Classique, Musique

L’Art de la fugue contre L’Art de la guerre et la Fugue de la mort.

Un titre, qu’il soit celui, éventuel, d’une œuvre d’art ou bien d’un ouvrage quelconque, est toujours décisif. Son empan doit être large ou bien d’une grande puissance, voire d’une explosivité métonymique. L’Exil de la pensée possède une allure philosophique semblable aux titres des ouvrages de Cioran. Ou bien encore de Heidegger, horresco referens, sans doute pour son auteur, bien que bon nombre d’implications de l’ouvrage participent d’une critique parente du Moderne, du bruit qui est le sien, autrement dit, et en tous les sens, de ses impossibilités au silence, des désorientations de l’existence et de ses alinéations en tous genres, l’art musical étant de part en part ignoré dans ses contenus et ses promesses de libération comme de bonheur.

Peu importe, on lit ici un livre de l’esprit. C’est en effet lui qui parle dans ces aphorismes. L’aphorisme est un horizon, qu’au demeurant il ouvre. Cela signifie que ces quelques mots que forme un aphorisme peuvent porter plus loin qu’un très long ouvrage encyclopédique, fermé sur lui-même. Ainsi, cette suite de flèches lancées depuis des angles de vue différents portent sur le même flanc d’une existence menée avec lucidité, dans l’accord et l’harmonie, au moins à l’échelle de cette existence elle-même.

La filiation de l’ouvrage est donc claire : les moralistes français, Nietzsche, Cioran (bien que rien de désespéré ou de violent n’est décelable ici, aucun ressentiment, pas le moindre affect de vengeance, par comme en quoi l’ouvrage est incontestablement nietzschéen). Partant, les plans de méditations sur la vie et sur la musique (de beaux passages sur Chopin, sur Brahms aussi, le refus de Wagner ici pleinement justifié car ce monde-là s’avère beaucoup trop ambigu, confus même, et à tous égards comme on s’en doute) se croisent, se superposent pour finir dans la thématique centrale et capitale de l’exil.

        

L’exil est l’ailleurs ici. L’échappatoire n’est pas dehors mais dedans. L’ouvert, dirait le poète est à l’intérieur de soi et dans le silence qui est le sien (le silence est stricto sensu ouverture !), cette capacité réelle à exister, la condition même d’une existence souveraine tout en contenant un espace sonore inouï dans lequel les êtres et les choses peuvent parler et s’entretenir sans fureur ni brouillage. Celle-ci, l’existence comme la pensée qui porte sur elle, peuvent être parcourues dans leurs variations. Toutefois, s’inspirant du modèle des Diabelli de Beethoven, l’ouvrage peut être lu, il le doit même, à la différence de la plupart des recueils d’aphorismes, en continuité en suivant son fil. Variations et continuité, voici effectivement l’existence et la musique réunies et confondues.

© André Hirt

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