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Guy Sacre, Œuvres pour piano, Billy Eidi, piano, Le Palais des Dégustateurs, 2021-2022.

par | 7/01/2026 | Contemporaine, Discothèque, Musique

L’Art de la fugue contre L’Art de la guerre et la Fugue de la mort.

Que nous dit (nous fait entendre et comprendre) la musique de Guy Sacre ? Qu’il nous reste la musique, que la musique reste et demeure. Et, de surcroît, bien à l’écart des ambiguïtés que telle ou telle musique ont exprimées dans l’Histoire (on songe à Wagner et certaines formes de sa postérité idéologique, mais aussi, déjà, à l’héroïsme guerrier du premier Beethoven, Dieu merci corrigé par la suite, à Stravinsky et ses archaïsmes, plus proches de nous aux désastres de la musique bien trop formelle qui s’est éloignée de l’audition et de la concrétude de l’existence), Guy Sacre propose une musique du silence, cette condition absolue – qui exige tout un travail préparatoire, elle est le ferment de toute composition –, de la musique, ainsi qu’une autre, lovée dans la précédente, qui l’innerve, celle de l’innocence, du moins autant que nous pouvons espérer qu’elle puisse non seulement avoir lieu, mais aussi nous ouvrir les portes d’une vie qui soit à sa mesure. Ainsi, lorsqu’elle se retourne vers l’enfance, cet âge qui se trouve au cœur, c’est le mot, de ces pages d’une si belle musique. Ainsi, l’écoulement naturel des saisons, qu’on sent très clairement, avec les parfums et les sons, s’enchaîner, une vie simple en somme, si cohérente, si peu déchirée.

Une musique qui dans ses propres contrastes, lumières et ombres, fait tellement contraste avec notre temps ! Telle apparaît cette œuvre de piano de Guy Sacre, qu’on ne cesse de redécouvrir. Même la mélancolie et les zones d’ombre sont vraies, non jouées, ou teintées de ressentiment. Elles appartiennent à l’existence telle qu’elle est sans y trouver à redire. Elles lui donnent ses couleurs, nécessaires à la conscience de la différence des jours, au degré exact des choses, on allait dire leurs notes et leurs gammes.

On a prononcé le mot de simple, un terme bergsonien, majeur cela dit, qui, sans qu’il soit nécessaire de s’inféoder à la doctrine du philosophe et à celle de son disciple, qui aurait admiré à juste titre ces pages de musique, Vladimir Jankélévitch, non pour faire mention que quelque dimension élémentaire des œuvres, mais pour souligner leur unité, outre la cohérence qu’on a évoquée, leur esprit de conséquence, leur logique d’un lieu de bonheur, de sérénité ou d’ailleurs. C’est alors une existence qui se remplit de cette musique, elle se fait le corps de notre vie dans des périodes historiques de saccages, qu’elle n’évoque pas pour le faire plus amplement en les retirant de la vue et les soustraire à l’avenir.

La musique se fait ainsi audible, plus fortement que les fracas de l’Histoire. C’est une musique qui ne perfore pas les tympans, parce qu’elle répond autant qu’elle parle. Elle interpelle, n’est-ce pas ? Elle sourit. Elle caresse et parfois, souvent, s’amuse. Elle est toujours profonde. On peut légitimement aimer des œuvres qui ainsi s’approchent si près de vous, qui ont écarté toute forme de violence ou d’intrusions.

Il y aura au moins cette musique de Guy Sacre, se dit-on, avec quelques autres évidemment : la simplicité, l’innocence, et le silence, le magnifique et sonore silence ! Musica callada, se souvient-on, la musique silencieuse, la musique taiseuse. On dira la musique du regard.

Il y est question d’abord de l’enfance. Et le mystère qu’on devine à l’écoute n’est donc pas celle de quelque imminence d’un drame, mais en revanche celui d’une promesse, et même tenue, que la musique en tout cas tient parce qu’elle nous comble, ainsi qu’on l’a suggéré.

Et dans sa naïveté qui n’est que la maturité supérieure, comme dirait sans doute Schiller par opposition, dans son lexique, à la musique sentimentale (celle qu’on a décrite plu haut, torturée et ambiguë), l’œuvre pour piano de Guy Sacre n’est en rien passe-partout. Au contraire, elle invite, elle est généreuse, autant de gestes et de dispositions à l’égard du monde tel qu’il devrait être s’il se souvenait de l’angle d’une équerre.

C’est alors une beauté singulière qui vient jusqu’à nous, fraîche, digne de l’avant-propos du Gai savoir de Nietzsche et de son hymne à l’égard du mois de janvier. Une parole dit la vérité comme le font les enfants, telle est la règle de la diction musicale juste.

Il y a une « folie » très singulière dans cette musique, se dit-on, qui ne passe pas par l’effet ou le bruit. On dira une liberté de ton et d’être, l’inverse, donc, de ce qui se dit et se fait. C’est là son importance et son originalité.

Œuvres de piano :

  • Dernières chansons enfantines ;
  • Sonatine d’hiver ;
  • Sonatine de printemps ;
  • Sonatine d’été ;
  • Sonatine d’automne ;
  • Treize Impromptus.

© André Hirt

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