Un immense écrivain contemporain, c’est-à-dire intemporel ; méconnu, c’est-à-dire sans opportunisme ; non reconnu, c’est-dire ne faisant de l’ombre à personne.
En compagnie de Baudelaire et de Trakl, de l’aimée qui est toujours une sœur, sa sombre lumière glisse doucement sur nous en le lisant.
Nous n’avons ensemble qu’une seule âme, de la nature de la nuit ; elle n’est parée ni pour le ciel ni pour l’enfer ; elle est détachée de l’arbre chrétien ; c’est une âme archaïque, le souffle ultime des lémures et des stryges ; l’étreinte d’amour l’a tirée de son sommeil elle s’est reconnue dans ton corps comme dans le mien ; nous sommes son miroir bleu ; elle nous a traversés dans le même plaisir ; elle nous traverse dans la douleur ; elle ne peut plus nous lâcher ; elle nous tient ensemble dans la même ténèbre ; nous ne serons pas différents lorsque nous serons morts, couchés l’un à côté de l’autre, dans la terre et nous tenant par la main ; notre âme aura puissance sur la vermine, nous avons déjà été dévorés ; ce qu’il reste de nous est incorruptible ; ensemble, nous formons un puits, le vagin de la nuit ; les enfants que nous étions sont tombés dans l’eau noir ; ensemble nous sommes nés de leur décomposition ; et notre âme antérieur nous a enfin rejoints, la même, sur la montagne.
Blesse, ronce noire, 1995.
© Claude Louis-Combet
© Editions José Corti
Photo des éditions Corti, auteur inconnu


0 commentaires