Pour ceux qui portent leur attention sur la musique de Beethoven, davantage qu’il ne la prête à sa personne, enveloppée dans le mythe, les livres de Bernard Fournier sont les compagnons idéaux. La plupart d’entre eux sont certes techniques, musicalement parlant, mais demeurent toujours lisibles pour le profane (qu’on est soi-même et nous devons être bien plus nombreux que les spécialistes et les musicologues), d’autres, comme ce bel ouvrage qui vient de paraître, intitulé Le Monde de Beethoven, se veulent plus directement encore accessibles au profane mais ne tombent jamais dans la simple vulgarisation car ils apportent les connaissances, du moins les ouvertures techniques nécessaires à toute compréhension.
De Bernard Fournier, dont l’érudition est confondante, – on s’incline bien bas devant ce travail, sa grande beauté, et s’agissant directement de Beethoven, on a déjà pu lire Le Génie de Beethoven (Fayard, 2016), un ouvrage plus confidentiel sur la Missa Solemnis en 2024 (Éditions de l’institut du tout-monde) – la Missa en question, comme dit Adorno, étant l’œuvre la plus étrange, sans doute du musicien, d’où l’intérêt qu’on lui porte – et est annoncé un ouvrage intitulé La Spiritualité de Beethoven (Le Cerf, 2026). Autant d’ouvrages, donc, qui viennent s’ouvrir à nous à la manière de poupées russes. On n’oubliera pas, parce que Beethoven y est omniprésent, pour ne pas dire central, les autres ouvrages de Bernard Fournier portant sur le genre du quatuor à cordes, en particulier l’indispensable L’Esthétique du quatuor à cordes (Fayard, 2014).
I
Aujourd’hui, Le Monde de Beethoven répond, manifestement, aux règles de cette collection des éditions Fugue dans laquelle on a déjà pu lire un Monde de Bach par Gilles Cantagrel. Autrement dit, l’ouvrage propose des entrées, par ordre alphabétique, qui vont de noms de personnages plus ou moins connus, à celui de lieux, à d’autres musiciens, et puis, c’est cela qui est stimulant pour le lecteur à la recherche de perspectives autres que seulement biographiques, celles qui suggèrent des concepts ou des idées (ainsi la belle entrée « pensée », qui retient tout particulièrement, ou bien « catastrophe », si imposante et intrigante s’agissant de Beethoven).
Toutefois, on ne peut pas ne pas s’arrêter sur des entrées comme « Perles rares », celui, très important aussi, de « Progrès », ou encore « Sagesse beethovénienne », « Silence » aussi – et l’on comprend que la série que constituera chaque lecteur le définira en quelque sorte dans l’échelle des admirations pour le musicien, au point qu’il y aura autant de facettes de l’œuvre qui apparaîtront que de lecteurs –, sans omettre différentes parties de l’ouvrage qui constituent chacune de véritables essais, comme ceux consacrés aux « Quatuors à cordes », aux « Sonates par piano », aux « Symphonies » évidemment.
Il s’agit donc d’une belle somme consacrée à Beethoven, qui ne cède à aucune facilité, et se maintient disons à une dimension haute qu’on ne qualifiera même pas de vulgarisation. Il est possible, on l’a rappelé, de la lire dans n’importe quel ordre, ainsi qu’il sied à ce qui ressemble à un dictionnaire. On peut également, c’est plus étonnant, lire l’ouvrage dans l’ordre, ce qui produit également des effets d’intelligibilité, on dira de découvertes par le biais de dimensions singulières induites par les ouvertures proposées par les entrées qui font fi de toute logique. Ainsi ont lieu des illuminations, des éclairages sur des facettes inattendues, mais d’autant plus fréquentes à l’occasion de points ou d’aspects de l’œuvre comme de la personne qu’on croyait pourtant bien connaître.
Une remarque d’un ordre autre s’impose néanmoins avant tout, elle a trait à ce qui se tient en amont de l’ouvrage, à ce qui a pu décider son auteur à manifestement consacrer au musicien une part substantielle de sa vie (on croit deviner sa substance même…), et au lecteur de pénétrer avec davantage de passion que d’intérêt dans cette lecture. C’est très difficile à dire, surtout aujourd’hui (et c’est en soi un symptôme, de quoi au juste, on le laissera de côté ici, ce n’est ni le lieu, ni le moment, ni en la circonstance.) Il s’agit de ce qui est « grand », non pas au sens du « grand art », qui relève d’une autre problématique, elle aussi cruciale aujourd’hui, ne serait-ce que dans sa possibilité, de sa raison d’être possible, de sa nécessité ou au contraire de l’illusion que cette idée ou cette représentation au demeurant confuse porte en soi. Non il s’agit vraiment d’autre chose. Et pas même d’une valeur, ce mot nihiliste car relativiste, mais bien plutôt d’une réalité, d’une présence. Or, justement, toutes les présences, celles des êtres comme des choses, ne relèvent pas de la même importance pour nos existences. Un sac-poubelle rempli ne donne pas le même éclairage à l’instant qu’un tableau que l’on regarde, de même pour un complexe commercial au regard d’une forêt ou d’un simple chemin.
Sans porter les choses philosophiquement trop loin, serait donc « grand » ce qui élargirait nos perspectives d’existence. À la différence de ce qui fait horreur, de ce qui produit un trauma, qui creuse la chair en nous, qui produit une profondeur qui n’existe pas ou qui n’a aucune raison d’être entaillée, cette grandeur, qui, une fois encore, n’est pas de représentation, donc de choix et de valeur, possède la qualité et la puissance si peu virile de nous aider, disons les choses ainsi, de nous soutenir si l’on préfère, de nous éclairer aussi.
Il existe donc une grandeur de Beethoven.
De telle réalités de grandeur sont devenues rares aujourd’hui parce qu’elles ont été invisibilisées et rapportées à quelque élitisme, ce qui en l’occurrence revient un peu au même. On lui a substitué d’autres hiérarchies, au premier chef les prestiges momentanés d’une marchandise, qu’on aura quantifiée, dont on aura extrait la notion logiquement incongrue rareté générée par le nombre, d’où la folie qui s’y trouve attachée, la confusion du beau et du kitsch intégral qui s’y déplie en spectacle.
Et c’est ce qui risque bien d’arriver, et cela fut effectivement le cas, même à ce qui est « grand ». Ainsi, c’est un exemple parmi quelques autres, Beethoven lui-même est devenu un spectacle, il est entré dans le monde contemporain qui l’a ensuite absorbé, il habite, sans qu’on le remzrque plus que cela, ce monde, avec sa 9ième symphonie, son final si guerrier, fourre-tout et se prêtant à tous les usages. De son côté, Beethoven a dû sentir la façon dont l’époque allait retourner la ferveur révolutionnaire légitime jusqu’à la notion même de liberté dont Fidelioest l’exposition. Ainsi, Bonaparte s’auto-proclamant Empereur ! Le dépérissement du « grand », et celui de la démocratie elle-même…
Or le « grand », la grandeur se font jour, ailleurs, désormais, dans l’intimité et la vie subjective, ils trouvent leur juste place dans la discrétion, le silence nécessaire à toute prise de parole et dans le dégagement d’un espace pour toute pensée. Ce dégagement est ainsi la grandeur même, une brèche produite, mieux : miraculeusement créée par une œuvre d’art comme elle peut l’être par une personne qui par son amour vient éclairer votre vie, produire en elle une autre temporalité et en effet élargir son espace d’existence ainsi que ses perspectives. Une rencontre, à cet égard, ne consiste pas en dans le serrage symétrique des mains et des corps, mais dans leur addition d’énergie, dans leur innervation réciproque, dans leur totalisation qui ne s’assimile pas pour autant à une fusion, comme celle, régressive, d’une bouche et d’un sein, ce qui a lieu relevant au contraire de part et d’autre de l’échange, ou mieux : du don gracieux d’une élévation et d’une individuation pour chacun.
Beethoven, dans ses quatuors, ses dernières sonates pour piano, quelques-uns de ses trios à cordes (et non seulement avec piano), trop négligés, peut-être parce que de jeunesse, apparaissant comme des ombres que l’on a quittées, est parvenu à cela. Et nous devons rendre à Beethoven ce qu’il nous a lui-même donné, et non imposé, ce à quoi on parvient, en opposition à l’Eroica, à la 9ièmesymphonie (son final surtout, exception faite du mouvement lent qui appartient à un autre monde que ce que cette œuvre propose, impose en effet !), en s’immergeant dans l’opus 111 ou l’opus 132. Une affaire de « monde(s) », donc.
Par conséquent, chaque entrée de l’ouvrage de Bernard Fournier peut donner lieu incontestablement à une découverte, une surprise, parfois un vrai bonheur, même s’agissant des moins convenues. Par exemple, celles qui touchent au biographique apportent une spécificité, en réalité insondable, car on reste perplexe devant le mystère de l’homme Beethoven, un homme si compliqué, autant que l’est devenu, par la force des choses son monde à lui et qu’il a décrit dans son Testament d’Heiligenstadt en révélant sa surdité et par conséquent la nécessité pour lui, ce fut son « Héroïsme » (on lira les belles pages consacrées à ce thème ainsi que l’entrée « Surdité »), d’élaborer un monde très spécial, plus spécial que celui-là même du génie qui en soi est incommunicable, tout en le rendant, ce monde, nouveau, inouï, jusque-là imperceptible, envers et contre tout, communicable !
À ce propos, songeons aux fictions théoriques de Wittgenstein : qu’est-ce que ce serait que d’ « être », un instant, Beethoven, de vivre en Beethoven, d’être confondu avec lui, se demande-t-on, de même qu’on peut s’interroger sur ce que ce serait que d’être une chauve-souris par exemple ? Sauf que Beethoven a créé ce qu’on sait, il n’est certes pas le seul à incarner une telle importance dans l’ordre de la création ou du génie, et par conséquent on est en droit de s’interroger sur ses motivations premières (la part éventuellement consciente de la créativité qui n’est en vérité pas nécessairement la première), sur ses revirements aussi. On fait ainsi l’hypothèse toute personnelle qu’on a exposée dans plus plusieurs livres, en particulier La Dernière sonate (Kimé) et Promesse de Beethoven (Hermann) qu’il y eut quelque chose de tel qu’un revirement, disons, un détournement, un repliement, un resserrement, qu’on ne sait, on le constate, pas nommer, qui n’est sûrement pas de l’ordre du reniement, plutôt du déplacement dans l’urgence et l’importance, ainsi cette intériorisation expressive (mieux : l’expressivité intérieure) – ce qu’on peut nommer ainsi par opposition à l’expressivité expansive de l’Eroica ou du final de la 9ième symphonie – dans laquelle nous enveloppent (nous embarquent !) les dernières sonates pour piano, les derniers quatuors ou encore les Bagatelles op. 126. L’Adieu, l’Abschied de l’op. 111 est à cet égard remarquable.
II
Sans faire d’hypothèse sur l’homme-Beethoven et son monde au sujet duquel Bernard Fournier nous apprend ce qu’on en peut savoir, en circonscrivant très précisément et délicatement la personne-Beethoven, une vraie question vient à l’esprit lorsqu’on ouvre et parcourt cet ouvrage. Si on prend au sérieux l’expression « Le monde de Beethoven » et si on dépasse l’étiquette de la collection dans laquelle s’inscrit l’ouvrage, « Le monde de… », alors il convient de déplier a minima la question de la manière suivante, en faisant l’hypothèse que ladite question ou que ledit problème ne peuvent pas ne pas effleurer l’esprit de chaque lecteur comme elles ont dû être présentes à celui de l’auteur : « le monde de Beethoven » est bien sûr celui qu’il a créé, celui que ses œuvres parcourent et exposent à tous à travers l’Histoire, au gré de leurs usages et de celui de leurs interprétations qui approfondissent la compréhension qu’on peut en avoir, mais que recouvre en l’occurrence un tel « monde »?
C’est à la fois banal et intéressant, ce monde semble infini, il apparaît en tout cas ainsi. Disons plutôt indéfini, car au sens strict du mot il s’agit d’un univers qui est quant à lui seul, selon le sens premier, cosmologique, est infini. C’est dire au premier chef que la grandeur qu’on a évoquée à propos de Beethoven est celle d’un infini. Le monde fini de Beethoven est infini, c’est un univers infini (le terme de « monde » ne valant qu’à l’égard des autres mondes, des autres vivants, des animaux, etc. C’est un monde qui a son importance, parce qu’il est celui de la solitude, de la séparation – et tous ces mondes se côtoient sans parvenir à véritablement se croiser, encore moins à se confondre). L’effet majeur de ce qui à l’écoute insistante se transforme en état de fait sera que ce « monde » de Beethoven pénètre en nous, nous traverse et nous élargit tout en prenant en main nos propres désirs, nos passions, nos douleurs pour les articuler et leur conférer du sens. Certainement pas « un » sens, celui-ci ou celui-là qui en ferait des significations ou des valeurs, toutes par conséquent relatives, mais pour en affirmer l’unicité insubstituable, l’importance et la dignité. Nous devons à des mondes comme celui de Beethoven la réalité de l’articulation de notre existence. Et, dans un autre langage, mais proche, très proche puisque le mot lui-même fut utilisé par Beethoven, il y a par la grâce de ce monde offert et dans lequel chacun peut s’engager, la constitution d’une Innigkeit, qui n’est pas uniquement une intériorité, ce serait là se tromper lourdement en s’enfonçant dans le subjectivisme post-moderne, mais justement un monde, un territoire de pensée et d’affects qui enveloppe le monde objectif sur soi-même, tout en modifiant son rapport avec le monde extérieur, essentiellement en le pacifiant dans une tendresse qui dès lors pourra désigner par son nom la dimension la plus profonde du « monde de Beethoven ».
Et toujours en revenant à ce titre, décidément merveilleux, Le Monde de Beethoven, pourtant si banal en apparence, il paraît cependant nécessaire de compléter, de poursuivre ainsi que le fera chaque lecteur (un livre sert à cela, à sa subjectivation – autrement dit ce qui n’a de réalité ou de sens qu’en passant par une subjectivité) son dépliage. Ainsi, si l’on met de côté, un instant, l’établissement des périodes que les musicologues distinguent, avec raison et justifications apportées, alors il est concevable de faire apparaître d’autres plans de ce monde, dans sa mouvance, dans la succession de ses stades qu’il n’est pas possible de réduire à la chronologie, évidemment, ni à la stylistique, mais aux forces et aux fondements psychiques qui les déterminent, sans pour autant entrer dans des considérations et avancer des hypothèses d’ordre psychologique ou psychanalytique.
Dans la moindre écoute d’une œuvre, mais déjà les premières pièces, puis, dans les quatuors op. 16, au-delà de leur nouveauté et de leur perfection formelle (toute nouvelle, cela dit, très spéciale tout de même à l’égard de la filiation Haydn plus que celle de Mozart, du moins le pense-t-on par devers soi), on aperçoit des pics et puis des effondrements psychiques, toujours accompagnés d’une pensée qui les considère, les apprécie et les contrôle. Cela est remarquable, car on ne dote aucun abandon, aucun laisser-aller, si l’on fait abstraction d’une difficulté à finir les œuvres, à les conclure (ainsi la « fin » presque impossible, juste décidée à un moment donné, de la 5° symphonie). Parfois, il est question d’un « débraillé » de la personne de Beethoven, pour évoquer son langage et décrire sa mise. Mais son « monde » n’est pas celui-là. En réalité, il s’agit de moments, là non plus pas simplement chronologiques, plutôt des plans qui se croisent parfois, souvent même, faits d’affaissements, d’accélérations, de méditations et d’obsessions.
D’abord on a fréquenté un Beethoven quelque peu sauvage, disons franchement violent, révolutionnaire puis bonapartiste, une sorte d’égocrate musical, le poing levé qui prend la place, plus qu’en le symbolisant, tout le corps et la chevelure au vent, un homme obsédé par la liberté, robespierriste si l’on veut, un homme qu’on peut admirer, hélas, mais qu’on n’aime pas, viril, d’une virilité cherchant à cacher une infinie douleur, et c’est cette dernière qui apparaît et dans la violence comme dans ses instants d’apaisement, et c’est encore elle qui va percer en s’inversant ensuite, ce sera le second grand moment, la seconde strate du « monde de Beethoven », en tendresse, en douceur d’autant plus intense qu’elle fut conquise, d’autant plus bouleversante qu’elle a substitué à l’affirmation et au désir d’action la passivité, le laisser-être, le remerciement en un mot. Car c’est ce dernier terme, qui apparaît dans la longue didascalie du 3ièmemouvement du quatuor op. 132, le fameux « chant de remerciement à la divinité », à l’occasion d’une convalescence qui ne fut certainement pas exclusivement physique, ni psychologique, mais profondément humaine. C’est vers l’humain qu’en définitive Beethoven se tourne, non dans ce qu’il devrait devenir par la puissance de quelque héroïsme, mais en faisant alliance avec les profondeurs fragiles de ce qu’un homme contient. L’humain n’est ni un genre ni une espèce, et il n’existe aucune définition de l’homme, aucun humanisme qui vaille. C’est que l’humain réside en revanche dans chaque geste envers autrui, envers tel animal, telle plante, tel paysage. C’est cette capacité de rapport que désigne humain, la réalité d’être humain. L’humain est en extériorité, il ne tient sa qualité que de l’altérité. On se trouve alors très loin des images de Prométhée, de la subjectivité exacerbée. Et tel est, c’est l’hypothèse qu’on formulera mais qui pour soi relève d’une certitude, « le monde de Beethoven ». Et un musicien, un artiste en général, s’ils n’ont pas pour vocation de nous instruire de cela, regarder, écouter, sentir, alors à quoi bon ?
On peut préciser davantage, encore, s’il le faut. Ce Beethoven passionnément dépassionné, chérissant ce qui existe et non ce qui devrait être par quelque force prométhéenne (Beethoven, c’est donc Prométhée renonçant à être Prométhée), s’attachant à la beauté, même, surtout, très éphémère des êtres et des choses conserve malgré tout le souvenir de ses passions passées. Et « le monde de Beethoven » est ce monde-là, celui du croisement et de la composition de tout ce qu’il fut, la dialectique singulière de son dépassement par le regard intérieur, indulgent qu’il porte sur sa personne. Sa musique résonne depuis ce croisement de la force vitale et de la tendresse universelle éprouvée.
Et au fond, « le monde de Beethoven » consiste bien dans ce mystère, celui d’un regard porté sur toute chose tout en portant sur son intériorité, là où la musique se forme, s’entend, se désire. Et elle porte manifestement, au creux de son mystère, sur « la bien-aimée lointaine » dont la présence est si sensible dans le livre de Bernard Fournier. C’est elle qui traverse le « monde de Beethoven » et tout ce que l’on peut écrire sur lui. On ignore qui elle fut, elle est cette statue vivante de l’amour, derrière tout amour singulier, l’agalma que l’on perçoit et entend dans le « chant de remerciement » du quinzième quatuor qui ne s’adresse, on peut désormais en convenir, pas seulement à la divinité. « Le monde de Beethoven » est celui de l’esprit, de sa force et de ses douleurs, comme dans la philosophie de Hegel. Adorno, en extraordinaire connaisseur de l’œuvre, de l’intérieur, ne s’est pas privé de faire ce qui constitue bien davantage qu’un rapprochement, une nécessité que l’esprit lui-même impose en débordant par l’écume de son calice.
© André Hirt


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