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S.A.D.O., Société Anonyme de Déconstruction Organique, Johann Fritz Tannhäuser, Die wiedergefundenen Meisterwerke, Label Banksville Classics, LP, juillet 2026.

par | 30/08/2026 | Contemporaine, Discothèque, Musique

L’Art de la fugue contre L’Art de la guerre et la Fugue de la mort.

Tout ici est étrange, dans les noms comme dans les intitulés. Tout y est imaginé, le label précise bien qu’il s’agit d’ « un travail de recherche sonore autour de la figure imaginaire de Johann Fritz Tanhäuser ».

Allons à l’essentiel, le disque, un LP, propose, avec des introductions parlées successives, un parcours dans les pièces retrouvées du compositeur imaginaire Johann Fritz Tannhäuser dont on ignore ce qui a bien pur inspirer son profil, ou bien Adrian Leverkühn, le personnage de dans le Docteur Faustus de Thomas Mann, ou bien telle image fantasmée d’un hétéronyme à la Pessoa. Peu importe, le geste est hypermoderne, mais, n’est-ce pas ?, déjà un peu convenu en tant que tel. D’autant que les musiques présentées, brèves, le sont quelque peu également, convenues, bien qu’intéressantes considérées en elles-mêmes, soignées dirons-nous, mais comme marquées par une impasse, un mur musical qui n’aurait pas été percé et sur lequel la musique elle-même, et nous tous, buterions. D’où le compositeur imaginaire. D’où l’intérêt également de cette production.

Là où par conséquent le projet est bien moins convenu, c’est lorsqu’il rappelle plus qu’il ne suggère que tout compositeur est au fond imaginaire (nous les imaginons tous à l’écoute, la musique les recouvre en quelques sorte). Ou bien, le compositeur, l’auteur comme on disait jadis avant qu’on ne déclare sa « mort » dans les années 60 et dont on entend ici encore les effets tardifs et toujours réels, est toujours fantasmé. D’où la fonction « déconstructrice » dont se revêt et s’intitule le projet. (Mais, se demande-t-on, tout n’est-il pas toujours déjà déconstruit, et que le nom exact pour dire cela, bien que dérobant son contenu, et de ce fait ignoré, soit celui de « création » dont nous commémorerions  présentement le deuil, sans même trop le savoir et comme en panne d’inspiration).

L’effet plus réel encore que ce projet produit, c’est alors tout son intérêt, serait celui d’une inquiétude portée sur la musique elle-même, sur sa nature bien sûr, mais également sur son origine, et aussi ses raisons, comme enfin concernant son sens. À l’écoute, elle semble tourner sur elle-même, à la recherche de sa propre libération.

© André Hirt

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