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Écr. L’Inf.

par | 2/04/2026 | Littérature

L’Art de la fugue contre L’Art de la guerre et la Fugue de la mort.

En souvenir de ces quelques écrivains qui m’ont ouvert les yeux et permis d’échapper un peu à l’horreur d’un vécu humiliant où même seul, quand la mère ne te regardait pas, Dieu te surveillait et connaissait tous tes secrets. Souvenir de ses écrits – en accord avec un petit nombre seulement – mais qui eut lui ce courage dans un dernier souffle entouré de vautours sacerdotaux de murmurer écr. l’Inf. ne lâchant rien serein devant ce qui l’attend quoi de plus naturel étranger à toute menace, riant de possibilité de rédemption mais de quoi d’absolution mais par qui de quel droit pour leur dire à jamais sa haine contre ces empêcheurs de penser ces malades de la culpabilité et ces contempteurs de la vie.

Texte serré en petit corps typographique, petit, interlignage réduit, très peu de ponctuation ponctuation volontairement détournée décalée rendant la lecture épuisante vous perdant dans des rets étranges pour comprendre à quoi se raccrocher pour qu’aucune respiration ne soit possible pour que le lecteur étouffe autant que celui qui écrit et crie lorsqu’il tente d’écrire ce qui brûle en lui le dévore le menace d’étouffer qu’il en sorte meurtri voire même qu’il ne puisse plus lire ce qui d’ailleurs l’est volontairement pour qu’il se perde dans ce réseau arachnéen d’écriture de lettres volées assemblées les unes aux autres pour faire semblant que se produise du sens c’est-à-dire qu’émerge du possible au sein du réel alors qu’il n’y a que du réel de possible point et par là de sens point tant dans cette confusion surgit ces images peu soutenables qu’il vous faut soutenir chargées d’un sens qui enfant n’était pas puisque l’œil l’oreille le corps n’étaient pas préparés à recevoir autant de violences et ne pouvaient ainsi la comprendre voire la ressentir et entende ainsi les heurts de l’essoufflement parce que la carapace du rire parfois s’effrite et l’angoisse réapparaît avec ses affres et son insupportable insistance qui menace le vivre toute sérénité impossible toute légèreté disparue, la nuit où toutes les vaches sont noires et la conscience malheureuse. Parce que la vie n’est pas un vécu linéaire mais un ressac où l’eau ne cesse de se mélanger ne sachant plus si elle suit un cours ou remonte sa source à contrecourant dans un maelstrom vertigineux où tout remugle apparaît comme digne d’être ce vécu, synthèse de laquelle on ne peut séparer aucun élément originel car tout se forme se déforme se transforme au sein des rencontres des réincarnations diraient les vrais bouddhistes c’est-à-dire de ces états de conscience de vivre qui ne cesse de se renouveler à chaque instant et de nous faire vivant toujours neuf et ancien à la fois maltraité par les jours qui se suivent et vous mènent là où vous êtes et où ne vous attendiez pas d’être ainsi et ici lourd de ce que vous fûtes monceaux de cicatrices qui ne sont tatouages de rien sinon marques que la vie a passé s’est passé a laissé des traces que seules des palimpsestes tentent de couvrir ne sachant plus d’ailleurs entre antériorité et postériorité si le temps a encore du sens ou si c’est d’un chaos primordial duquel nous ne sortirons jamais qui fait de nous ce que nous sommes au moment où nous le sommes uniquement pas de passage de chaos à la lumière car de lumière point d’ouverture point une cercle duquel on ne peut sortir n’y étant point entré volontairement le hasard nous y ayant jeté et où nous nous retrouvons à jamais sans amers.

Quand il rentra dans la chambre du Père, l’odeur de rite confit rance de tabac froid de sueur et de suints de foutre aussi dont les taches séchées étaient partout sur la moquette le saisit à la gorge le cuir du bureau définitivement sali et le tube de pommade anti-hémorroïdaire bien entamé dont enfant nous ne savions rien mystère de la pharmacopée signe de ce qui se passait chez ces « directeurs de conscience » ainsi nommés mais qui n’étaient que la métaphore stylée des fouailleurs des âmes et des culs, de ces pervers usant de toutes les stratégies et ta pureté – impossible de révéler ce que ses confrères criminels faisaient avec les enfants que nous étions et que nous ne comprenions pas – à genoux sur le prie-Dieu dont tu ignorais le sens du mot à dix ans dans cette innocence enfantine vert paradis quelle illusion de Cronin mais qui engendrait ce malaise qui ne te quittera jamais et il insistait question ordinaire comme disait au Moyen Âge le Saint Office pour faire avouer au mécréant son impureté son pacte avec le diable avant l’extraordinaire car ils étaient et sont les fils et complices de ces inquisiteurs dont l’existence ne fut que haine abomination aveu et bûcher et leur tu ne tueras pas était agrémenté d’un sauf car nous naissons coupable sachez-le l’immense Augustin l’a dit théologien génial ! docteur de l’église, capable de rendre raison de tout, magicien du verbe qui fait d’une aberration une vérité révélée avec lui tout mystère disparaît puisque il suffit d’affirmer avec suffisance que la nuit est le jour pour que l’inculte s’efface devant un tel génie de l’interprétation, oubliant qu’interpréter est un délire, pourquoi par exemple cher Irénée quatre évangiles parce qu’il y a quatre points cardinaux et pourquoi pas cinq doigts de la main mais ce serait reconnaître à saint Thomas évangéliste banni ce qui est insupportable au dogme intouchable fascinandus et tremandum lui dont la sainteté jaillit après soixante années de débauche comme quoi l’absence de viagra est la condition de l’accès à la sainteté si tu ne bandes plus deviens évêque d’Hippone et écris ces textes saints où sera expliqué comment vérifier la virginité des petites filles avec le doigt frôlant l’hymen et où vous comprendrez pourquoi mystère absolu le légionnaire romain perce le flanc du christ en coup de grâce en ne visant pas le cœur à gauche mais à droite pour que le larron de droite soit avec Moi au paradis à la droite du père, bien sûr à gauche ce serait sinistra, car du flanc percé jaillit de l’eau et du sang et la brise avant l’orage d’une violence extrême dit la légende sacrée bien sûr fit gicler l’eau sur le voleur crucifié qui fut ainsi baptisé et devint pour l’église saint Anastase l’opposé de tous ces apostases humains, vivants, réfléchis qui ont compris l’ampleur du complot, des vrais sains eux, la ponctuation s’en est allée mais ne laissons pas le souffle s’essouffler sinon la mort menace et il faut vivre jusqu’à son dernier souffle celui qu’on ne rendra pas car personne ne nous l’a prêtée qui nous appartient que l’on tient accroché à sa voile. Ils furent tous ainsi ces bourreaux de l’innocence avides d’attraper dans leurs rets ces enfants encore incultes innocents qui ignoraient que pour penser il fallait de l’audace audere sapere et ce sans faiblesse sans temps mort car ils sont toujours là à veiller sur leur future proie tel des chacals qui n’ont eux d’autre issue que de vivre leur vie de chacal accomplissant parfaitement leur animalité tandis que ces hommes en robe ne sont que déviance de ce qu’on nomme humanité. Le vent se calme un peu un peu la pièce est vide il n’est pas encore là sa présence transformera en enfer un lieu anodin. Réveillez-vous âme meurtrie par tant de salissures et réjouissez-vous que Dieu soit mort de rire le jour où il comprit qu’être Dieu n’avait aucun sens. Mais les échos de cet événement mettent du temps à atteindre nos oreilles incapables d’entendre toute vérité présents ils sont absents ils entendent sans comprendre et ressemblent à des sourds. Et la fête continue avec ces pantins en cothurnes et habits d’apparat qui n’existent qu’à être admirés, narcotrafiquants en liberté honorés pignon sur rue si la religion est bien un opium vivants de la pauvreté de l’inculture des petites gens. Heureux les pauvres d’esprits vous les exploiterez plus facilement. Enfant in-firme c’est identique imbécile aussi fragile donc qui a besoin d’être soutenu face à la vilenie des hommes. La bienveillance n’existe que chez les bêtes, chez les hommes c’est un accident, rare merveilleux lorsqu’il est homo homini lupus mais le loup n’y est pour rien. Le reste sera l’indicible car parfois le souvenir peut tuer un peu plus et mieux vaut taire ce qui rallumerait l’angoisse voire la haine face à une enfance sacrifiée au nom d’un Dieu et de ses sbires qu’il fallait honorer à chaque instant maintenu sous le joug dans cette mémoire d’un logis moisi, puant le sacré le malsain dans lequel il fallait vivre et faire semblant qu’il n’y avait du sens de la vérité qu’ici, tout extérieur étant danger car ils savaient bien eux que ces manipulations restaient fragiles et qu’un jour tout risquerait de s’écrouler ce qui arriva mais il faut tenter encore de survivre puisque le vent se lève en apparence apaisé et ainsi taire ce que l’on ne peut dire.

© Jacques Neyme

Image: © André Hirt

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